Dans le conseil municipal, je demande le maire, Maurice Renault

 

Une poignée de main chaleureuse, un large sourire, Maurice Renault quitte le power point sur le budget qu'il prépare pour le conseil municipal de ce soir. Il est prêt à quitter les chiffres pour reconstituer le puzzle de sa vie dont la dernière pièce est son mandat de maire à Saint Péran, commune du Pays de Brocéliande, 380 habitants.

Progressivement, Maurice Renault assure de plus en plus de tâches administratives et partage son temps entre l'ARASS, l'URIOPS et Catalys, organisme de formation qu'il rejoindra définitivement en 2002 pour ne plus le quitter qu'à l'âge de la retraite.

 

Parallèlement à son travail, il s'engage dans les associations de parents d'élèves, de foot et de basket et crée avec un copain «  La levée des bosselles » pour financer un emploi associatif. Les bosselles sont dans le pays de Redon des pièges à anguilles. La proposition des deux compères est d'aller en balade nocturne relever symboliquement les bosselles dans le marais. Repas et musique accompagnent les marcheurs. Encore aujourd'hui, la balade ne réunit pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

moins de 2000 participants.

 

Parti ? Syndicat ? Maurice Renault n'accroche pas trop. Il a essayé mais cela ne lui « a pas plu . Il y a ce côté encarté qui me gêne. Je ne dis pas que les gens ne font pas des choses intéressantes mais ce n'est pas ma façon de faire. »

Saint péranais "plein pôt"

 

Le couple ne perd pas de vue son vieux rêve d'accueil touristique. En 2005, il s'installe à Saint Péran et ouvre un gîte avec trois chambres d'hôtes dans une vieille longère pleine de charme.

Maurice Renault revient au pays, Saint Onen et les copains et copines d'autrefois ne sont pas loin.

 

L'association locale «  Du bruit dans le bourg » le repère très vite et voit d'un bon oeil ce comptable qui accepte de devenir trésorier sans rechigner. On sait, dans les associations,  combien c'est difficile à trouver un bon trésorier. Quatre ans après, il troque sa calculatrice pour devenir président.

 

« Du bruit dans le bourg », c'est la création, par un de ses prédecesseurs à la mairie, d'un centre de musique traditionnelle.  Formations musicales et concerts qui font du bruit dans la commune, pour la plus grande joie de ses habitants.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 1er décembre 2012, Maurice Renault prend sa retraite et devient saint péranais plein pot. «  Je suis allé

voir le maire et je lui ai dit «  Cela m'intéresse la vie locale ». Loïc Richard ne voulait pas se représenter. Sur sa liste, seulement deux co-listiers étaient partants pour un nouveau mandat Isabelle Goven et Patrick Lesec »

 

Maurice les rencontre. Ils discutent. « Isabelle ne voulait pas devenir maire, elle pensait même que j'étais la bonne personne pour cela. Néanmoins, tous les deux voulaient savoir à quelle sauce ils

allaient être mangés. On s'est mis d'accord : Isabelle acceptait de se charger de l'action sociale et Patrick de la voierie et des bâtiments. » Ils sont partants pour constituer une liste avec des critères simples : la parité, des compétences que les trois candidats n'avaient pas, des représentants des grandes associations locales, l'exigence d'une représentation de tous les villages, des nouveaux arrivants sur la commune et de ceux et celles qui y sont né-e-s etc.

 

De discussion en discussion, la liste se constitue avec une unité de vue sur le travail à réaliser pour la commune. Maurice Renault est clair : « Je leur demande d'être en état de veille sur les demandes et les besoins qui portent sur l'intérêt commun. Pour cela, il est nécessaire que les conseillers participent à la vie de la commune. Tout comme il est nécessaire que les habitants y participent aussi. »

A la proposition des trois candidats, il y a eu peu de refus. Onze places, onze personnes : « Un peu facile dans ces conditions, avoue Maurice Renault. Est-ce qu'on peut parler de «  gagner les élections » dans ce cas ? . Les saint péranais sont venus voter en masse, ils se sont exprimés clairement pour chacun d'entre nous. Je pense qu'on a su gagner leur confiance. »

 

La confiance, c'est un maître mot dans la bouche du maire. Confiance en lui d'abord parce qu'il a chevillé au corps la conviction d'avoir quelque chose à faire dans la vie de la cité en tant que citoyen. « Cela fait partie de ma vie depuis toujours. J'ai été engagé très jeune à ma manière, dans mon milieu de vie. » Il ne peut s'imaginer en dehors : « C'est cela la démocratie, la participation de chacun à la vie publique, à la vie collective, à la construction du bien commun. »

 

La confiance, c'est aussi ce ciment qui lie les membres du conseil, choisis pour leur complémentarité. C'est une équipe en mouvement à qui il faut laisser le temps de l'apprentissage.

« Je ne suis pas un homme de conflit. Je préfère le dialogue et donner du temps au temps. Avant de prendre une décision, je privilégie la réflexion et nous laisse à chacun et chacune le temps de la maturation. Le vote, pour moi, c'est le dernier recours. Parfois,

Je me dis que les conseils sont longs mais je trouve important que les conseillers-ères s'expriment. »

 

Le soir même, c'était l'étude du budget de la toute nouvelle équipe. Maurice Renault endosse un métier qu'il connaît bien, il redevient formateur et joue la transparence. Pour faire équipe dans la confiance, chacun et chacune doit pouvoir ouvrir les portes de la décision avec les mêmes clefs.

Interne chez les frères

 

S'il n'est pas né saint péranais ; il n'en est pas moins un gars du pays. C'est dans une ferme de Saint Onen la Chapelle, à côté de Saint Méen le Grand qu'il voit le jour en 1952. Sa mère, frustrée d'avoir quitté l'école à 14 ans , décide de le mettre très tôt en pension. A 7 ans, il est avec son grand frère le seul interne de l'école primaire de Saint Méen. Ce sont les frères de Lamenais puis les Lassaliens qui vont assurer son éducation. « Les frères étaient des hommes ouverts sur le monde, plus soucieux d'éducation que de religieux. J'en ai de bons souvenirs. Ils étaient très attachés à l'intérêt qu'on peut porter aux autres. »

 

L'apprentissage du bien-vivre

 

Il a 16 ans, c'est un fan de foot. Le week-end, il retrouve les copains et copines de Saint Onen. Cela discute sec sur le maire de l'époque. «  Il ne faisait rien pour les jeunes alors on a organisé des fêtes pour gagner de l'argent. On a aménagé un terrain et créer une équipe de foot. Cela a tissé des liens forts entre nous même si les filles se plaignaient de se sentir exclues à cause du foot. »

 

Aujourd'hui, ils se retrouvent toujours, les potes d'autrefois. Depuis 1971, le réveillon est le point d'ancrage et depuis 2001, tous les deux ans, ils partent en vacances ensemble. Maurice Renault jette un oeil sur la campagne qui se dessine par la fenêtre de la salle du conseil. Il marque un long temps de silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On est bien ensemble. Peut-être qu' avec notre volonté d'alors de faire vivre la commune de Saint Onen, on a appris à se constituer un patrimoine commun du bien vivre ensemble ? » Tout de suite, il fait le lien : « Quand, avec les membres de la liste, on a fait un brainstorming pour trouver le slogan de la campagne municipale, on est tombé d'accord sur « Bien vivre à Saint Péran », ce n'était peut-être pas un hasard. »

 

 

Comptable, animateur, formateur, DAF

 

En 1970, il passe son bac et trouve tout de suite un emploi dans un cabinet comptable. Trois ans après, sur un coup de colère, il part : « Cela ne me plaisait pas cette forme de relation avec les clients. Il y avait un cadre trop rigide avec des contraintes administratives. » Cela tombe bien car à la ferme familiale, on a besoin de lui. De 1974 à 1978, il seconde ses parents jusqu'à la fin du bail et travaille à l'animation de la commune. Il l'avoue : « J'étais en quelque sorte le leader de l'équipe des jeunes »

 

« Pourquoi tu ne te formes pas à l'animation ? » lui lance un copain. Qu'à cela ne tienne, il s'inscrit en formation d'animateur à l'école de la Lande du Breuil. A l'occasion d'un stage dans un lycée à Bressuire dans les Deux-Sèvres, il se lance dans le professorat et rencontre celle qui allait devenir sa femme, Marie-Claire qui y est surveillante. Un an après, en 1977, c'est Noirmoutiers où il devient animateur-éducateur et Marie-Claire, secrétaire.

 

En 1980, le jeune couple a l'opportunité de partir sur une formation « Tourisme en milieu rural » dans la région de Grenoble. Cela tombe bien : ils phosphorent sur un nouveau projet, créer une structure d'accueil touristique. Ils partent avec leur petite 4RL, un gamin et un autre en route ! Retour en Bretagne, ils sont tous les deux embauchés à la base de Trémelin, l'un comme directeur-adjoint et l'autre sur la partie touristique, gîtes et camping. Maurice Renault devient directeur mais quatre ans et demi après, c'est le licenciement. Avec leur troisième enfant, ils repartent pour de nouvelles aventures.

 

Maurice s'inscrit en formation informatique à l'ASFOCIDEP. En 1986, il devient formateur comptabilité-informatique à l'IPSOP de Redon. En 1987, il devient papa pour la quatrième fois. Marie-Claire consacre son temps à l'éducation de ses enfants et à de multiples engagements. Elle reprend le travail comme auxiliaire de puériculture qu'elle exerce pendant dix ans après avoir suivi une formation.

 

Un portrait
de Marie-Anne Divet
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